1944 : Recit d'arrivée sur Chartres

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1944 : Recit d'arrivée sur Chartres

Message  Wearing of the Grey le Mer 13 Fév - 20:38

En français

http://unpara.pagesperso-orange.fr/gazette/2005_03/gazette032005.htm





En route vers Paris

Jean Rosier
______






5° DB-US - G2 - OSS
La zone affectée à notre maquis étant libérée, certains rentrèrent chez eux tandis que d’autres s’engagèrent dans les armées des alliés.
Claude Cochet et moi-même réussîmes à nous faire prendre en charge par la 5° Division blindée américaine. Ainsi commença notre montée vers Paris, agrémentée par le bruit du canon et la mitraille des combats. Nous fûmes chacun affecté à l’équipage d’un ”tank destroyer“, appelé aussi chasseur de chars. De la sueur, des peurs et surtout de la poussière, mais aussi de la fierté lorsque dans les villages où nous passions, les villageois qui essayant de nous parler en anglais nous acclamaient en hurlant : Des français. . .
Quelques kilomètres après Nogent le Rotrou une jeep vint nous chercher et nous emmena à l’Etat Major américain pour renseignements nous dit-on. C’était un immense camp dans une grande prairie avec une multitude de tentes en bordure de la forêt de Champrond. Une véritable fourmilière, des voitures entraient ou sortaient du parc, des soldats allant d’une tente à l’autre dans ce qui nous sembla une indescriptible pagaille. Mais ce qui nous frappa le plus fut de voir un petit avion venant d’on ne sait où, et roulant sur un chemin de terre en bordure de la prairie pour s’arrêter devant une tente. Un officier en sorti et monta dans l’avion devant le pilote qui, mettant plein gaz pivota sur place et se lança dans la prairie pour décoller.C’est dans une de ces tentes que nous fûmes interrogés par les services américains qui nous semblèrent être parfaitement au courant du rôle que notre maquis avait joué pendant la bataille de Normandie.
Ils nous posèrent des questions en remplissant un nombre impressionnant de fiches de renseignements comme si nous étions des personnalités. Cela nous amusait un peu mais aussi, nous étions fiers de leur dire qui nous étions, et ce que nous avions fait. Ils essayèrent bien de me piéger sur mon âge, mais n’y arrivèrent pas. Je leur avais également raconté mes “exploits de résistant” de Villacoublay et aussi que je connaissais bien la région Sud-ouest de Paris.
En fin d’après-midi, la Jeep nous ramena à notre tank avec plusieurs cartouches de cigarettes et diverses friandises, que nous partageâmes avec nos équipages.
Jusque-là, nous étions assis derrière la tourelle du char. A notre retour de l’administration, on me désigna la place du mitrailleur 12,7 derrière le chef de char. Claude pas content du tout, de devoir monter dans le camion qui nous suivait.
Ça me démangeait de pouvoir me servir de la mitrailleuse, mais les occasions étaient rares. Le tank roulait principalement sur la route, aligné derrière celui qui avançaient devant.
De temps en temps la colonne s’arrêtait et les chars qui allaient toujours par paire l’un derrière l’autre, pivotaient à droite ou à gauche pour foncer en ligne. à travers champs et taillis arrachant des mottes de terre énormes qui sautaient en l’air. Broyant également sous leurs chenilles les récoltes de blé que les paysans n’avaient pas encore ramassées.
Arrêt par moment pour tirer un où deux coups de canon, puis reprise de la cavalcade qui nous secouait comme des pruniers, nous obligeant à nous cramponner. Je ne comprenais pas grand-chose à ces manoeuvres, toutes conversations ou ordres étant en américain, nous avions relevé nos écouteurs qui nous étaient inutiles et nous avions les oreilles assourdies par le vacarme des deux moteurs de notre char et le ferraillage des chenilles.
Un soir pourtant, devant Chartres, nous étions arrêté un peu les uns sur les autres dans un alignement de plaines entrecoupées de bois à proximité du hameau de Cintrait. Au loin, nous pouvions voir émergeantes de la brume, les flèches de la cathédrale. Quelques colonnes de fumée aussi avec le bruit sourd et ininterrompu du canon.
Claude qui était monté à côté de moi pour regarder le spectacle me dit :
- Ce sont des tirs d’artillerie. On n’est pas en tête, il doit y en avoir d’autres devant nous.
Nos commentaires s’arrêtèrent là, car tout à
coup des cris se firent entendre : - Alerte ! Plane-Gun - Plane-Gun ou quelque chose de similaire... Au loin venant des autres plaines, le lent crépitement de plusieurs mitrailleuses lourdes se faisait entendre. Autour de nous les soldats couraient dans tous les sens, la plupart plongeant sous les chars. Un GI sauta sur le char d’à côté et arma sa mitrailleuse. J’en fis autant aidé par Claude
Deux chasseurs allemands surgirent à très basse altitude et passèrent à pleine puissance, encadrés par une multitude de balles traçantes qui montaient vers eux en guirlandes multicolores.
Je visais approximativement, car ils passèrent très vite et je tirais une longue rafale, Claude aidant la bande à passer dans l’arme.
Je reconnus des Messerschmitt 109. Ils virèrent sec, montant à l’assaut de la lisière d’en face en larguant ce que je pris tout d’abord pour des bombes, mais qui n’était en réalité, que leurs réservoirs auxiliaires. Je ne sais pas s’ils furent touchés, mais les pilotes durent avoir des sueurs froides, compte tenu du nombre de mitrailleuses qui leur tiraient dessus.
Nous attendant à un nouveau passage, nous restâmes un bon moment en attente, me disant en moi-même :
- Cette fois-ci, je vais viser beaucoup plus devant. Mais ils ne
revinrent pas. Les GI devenus subitement prudents se mirent à creuser des trous pour la nuit. Notre chef de char vint vers moi et me donna de grandes claques dans le dos en répétant : Good-Good !
Le lendemain matin, l’armada s’ébranla pour rentrer dans Chartres.
Toute la population était dans la rue et acclamait les véhicules qui avançaient au pas. Du haut de notre char, je regardais avec frayeur cette foule hurlante et trépidante de joie. Agglutinée sur les trottoirs et débordant sur les chaussées étroites.
Je pensais : Ce n’est pas possible, on va en écraser !
Notre char comme les autres, avait du mal à passer, ses chenilles frôlant les robes des femmes, obligeant le conducteur à faire des prouesses pour n’accrocher personne et l’obligeant à s’arrêter souvent. Claude qui était finalement monté avec nous depuis l’incident aérien me dit :
<< Qu’est-ce que ça va être à Paris !>>
A chaque arrêt, des grappes de civils hommes et femmes, grimpaient sur les capots et jusque dans la tourelle, nous embrassant à n’en plus finir. C’était délirant et l’on ne savait plus quoi faire. Les faire descendre, c’était impossible et continuer d’avancer, trop dangereux. Les gens étaient maintenant devant les chars bloquant tout mouvement. Nous dûmes rester sur place jusqu’au soir avant de pouvoir repartir vers la sortie de la ville.
C’est au cours de cette soirée que nous repérâmes une jeep arrêtée à quelques chars devant nous et dont les occupants discutaient avec un groupe de civils.
Claude me dit : <<- Ils ont l’air de pas mal s’en sortir avec le français, viens on va les voir. >>
Ce n’était pas des Américains, mais de bons français , appartenant à la 2° DB. Ils nous apprirent que la 2° DB devait foncer sur Paris qui parait-il était en insurrection, mais pour l’instant, tout le monde était bloqué avant Rambouillet par des positions allemandes aux défenses anti-chars très efficaces.
Dans la nuit, nous démarrons et remontons en colonne sur chaque rive la rivière l’Eure, jusqu’à Maintenon où nous restons en attente.
Tout le monde en profite pour dormir un peu tant bien que mal. Claude et moi, montons dans le camion derrière nous et nous endormons sur des cartons que les américains nous avaient chargé de garder.
Au petit matin, le chauffeur d’une jeep vient discuter avec notre chef de char qui ne tarda pas à nous appeler pour nous dire de monter dans la jeep qui était venue pour nous chercher. Le long de la route, le chauffeur essaya de nous expliquer que nous allions à l’OSS.
L’OSS qu’est- ce que c’est lui demandons-nous
- Intelligence office insiste t-il.
L’Intelligence Office, ça on connaît parce qu’au maquis lorsque les américains étaient tout près, sur une ligne de front assez floue, nous étions passés plusieurs fois dans leurs lignes pour les renseigner sur les forces allemandes et les guider sur les chemins de campagne pour les contourner. Cet Intelligence Office nous avaient alors posé un tas de questions.
Toujours est -il que nous roulons jusqu’à un petit-bois situé à la sortie d’ Epernon pour arriver dans le parc d’un château entouré d’un camp aux multiples tentes montées en lisière des arbres. Déjà du connu pour nous en somme. Là, sous la tente où nous entrons, plusieurs officiers américains qui nous semblent être de hauts gradés, s’affairaient sur une carte dépliée sur une table.
Nous avons la surprise d’entendre plusieurs officier parler entre eux en français. L’un des Américains s’adressant à nous, nous dit en français :
<<- Votre service le G2 , a pensé que vous seriez à même de remplir une mission dans une région que l’un d’entre vous connaît bien . . . Suivez- moi, nous allons au château, au bureau de ce service.>>
Nous comprenant sur un simple regard échangé, Claude et moi ne relevons pas, et pour ne pas paraître idiot ne faisons pas remarquer que nous ne savons pas ce que c’est que le G2 . . . qui serait notre service ! Le service en question est installé dans plusieurs pièces du rez-de-chaussée et nous constatons tout de suite que plusieurs des officiers américains parlent notre langue.
<<- Voila, je vous explique.
Les renseignements manquent et nous avons besoin d’être éclairé.
Nos chars de l’avant sont la cible d’antichar qui sont bien camouflés.
Ils sont également vulnérables à des espèces d’engins montés sur chenilles de moins d’un mètre de haut, qui sont téléguidés et viennent exploser dans leurs trains de roulement .
Nous voudrions savoir :
Ce qu’il y a devant nous , tout renseignement sur la défense antichar allemande et surtout sur ces diaboliques engins.
Êtes-vous capable de passer de l’autre côté, et de voir ce que vous pouvez, où tout au moins prendre contact et demander à la résistance ce qu’ils savent sur cette ligne de défense. >>
Un civil français qui se trouvait là et nous a semblé être de la région nous explique où nous pourrions trouver un contact avec la résistance.
Il ne connaissait que son surnom, mais c’était un Comte habitant une gentilhommière tout de suite à la sortie de Rambouillet sur la route de Vieille Église au lieu dit Le Patis. C’était plutôt vague. Les gendarmes aussi seraient en contact avec les résistants du coin. Ce dernier renseignement nous semble plus fiable.
Nous fûmes ensuite conduits dans les magasins du Secours National d’Epernon pour y être habillés de vieux vêtements, et notamment pour moi . . . d’une vieille culotte de golf et d’une aussi vieille paire de galoches aux semelles de bois cloutées de bandes de caoutchouc synthétique.
- Décidément, c’est un abonnement ! disais-je en riant à l’officier américain, qui bien sûr ne pouvait comprendre me répondit : ok ok.
L’habillement fut complété à ma demande par de vieilles valises en carton, remplient de pommes de terre et ficelées sur les portes-bagages de vélos brimbalant.
Dans le panier devant, quelques victuailles et une bouteille de “ goutte” (jeune Calvados) qui m’avait été donnée dans une ferme. Ça faisait bien, et ça pouvait toujours servir.
Je laisse mon Colt au “Service” et demande à le récupérer à mon retour. Claude en fait autant. C’est d’accord.
Nous voici maintenant seuls, civils sur la grande route, pédalant en direction d’un village envahi de fumées, et remontant le long des chars arrêtés sur les bas-côtés. Claude grogne tout en pédalant :
<< - Ils auraient quand-même pu nous ramener en jeep à notre point de départ, nous aurions gagné du temps ! >>
Des soldats US nous regardent passer, indifférents. Personne ne s’intéresse à nous.
Le village est maintenant tout prés. Plusieurs maisons sont en flamme. Un obus tombe et explose de temps en temps sur les maisons sans que nous sachions exactement d’où il vient ni s’il est Allemand ou made in america mais peu importe, c’est un endroit ou il est préférable de ne pas s’attarder. Nous appuyons un peu plus fort sur les pédales pour quitter ce coin malsain.
Les derniers chars que nous voyons, US où français nous ne savons pas de trop, sont en embuscade au coin des dernières maisons du village.
Mettant pieds à terre, nous nous engageons dans les jardins des maisons comme nous savions si bien le faire au temps du maquis. Nous marchons assez longtemps, passant tant bien que mal par-dessus des clôtures, encombrés par nos vélos et nos valises. Nous ne rencontrons personne. Les gens sont sans doute réfugiés dans les caves.
Bientôt, nous trouvons et nous engageons sur le chemins de campagne dit “chemin vicinal” que nous avions repéré sur les cartes étudiées au G2, et qui longent les haies vers un autre hameau de quelques fermes.
Dans ce secteur les champs de blé des alentours ont été fauchés et de nombreux bonshommes de gerbes sont alignés dans les champs. (- A cette époque, les moissons étaient faites à la moissonneuse lieuse qui coupait le blé, le mettaient en gerbes ficelées. Le paysan entassait ces gerbes debout dans les champs et par meules d’une dizaine de gerbes pour qu’elles sèchent et facilitent leur ramassage dans des charrettes. C’est ce qu’on appelait des “ bonshommes ”.)
Nous passons sans problèmes, mais pas rassurés du tout, à côté de plusieurs canons antichars allemands, très bien camouflés dans des haies à l’entrée de ce hameau de quelques maisons. Leurs servants nous regardent passer sans broncher, sans doute par peur de se faire repérer. D’autres sont dans des trous d’où quelques têtes sortent de temps en temps, et qui eux aussi nous regardent . . . Nous faisons un petit bonjour de la main et essayons bien d’aller plus vite, mais nos mollets tremblants ne nous obéissent pas.
Nous sommes finalement interceptés au coin de deux fermes dans le hameau, par des “feldgendarmes” qui surgissent d’une ruelle et nous braquent de leurs armes. Deux s’avancent vers nous pendant que les autres restent en position au pied d’un mur.
- Halte papers ! Ca c’est un refrain que nous avons déjà connu. ( prononcez plûtot “papir” )
- Américains là- bas ??
Nous, l’air le plus ahuri possible en entrouvrant nos valises ( qui laissent tomber quelques patates ) :
- Non pas américains, nous français. . .
Je me dis en moi-même :
Tu parles, avec notre air idiot et nos patates, ils ont dû l’avoir compris tout de suite !
Nous tirant à l’abri d’un mur, celui qui semblait être le chef de la patrouille s’exclame en pointant l’indexe sur nos valises :
- Ah Ah marché noir. . . vous papers. . .
Puis voyant la bouteille dans mon panier sur le guidon de la bicyclette, pendant qu’il donne mes papiers à son collègue :
- Qu’est-ce que c’est ?
- Calvados
- Gut Calvados !
- Vous la voulez ?
Son collègue lui montre mon ausweis allemand de Villacoublay et miracle : Après avoir mis la bouteille sous son bras il nous fait signe de passer non sans nous recommander de vite rentrer chez nous,
- Beaucoup dangerous, la guerre gross malheur!.
- Au revoir Messieurs, on se dépêche. . .
<< Des « felgendarmes « aux abords des premières lignes, qu’est-ce qu’ils foutent là, c’est pas normal ! >> me dit Claude.
Nous arrivons jusqu’aux premières maisons de Rambouillet par les chemins de campagne sans être à nouveau inquiétés, tout en observant autour de nous pour remplir au mieux notre mission.
Il se fait tard et c’est l’heure du couvre feu en zone occupée.
Nous ne voulons pas prendre le risque de nous faire repérer et arrêter à nouveau par des patrouilles, et c’est dans la grange d’une ferme à l’entrée de la ville que nous passons la nuit sur des bottes de foin.
Toute la nuit nous entendons le canon. Ce sont des départs et les batteries ne doivent pas être loin.
Nous ne traînons pas dans le coin, et de bonne heure, nous repartons.
Nous traversons la ville en évitant la rue centrale.
La ville est en pleine effervescence exactement comme ce que nous avions déjà connu en Normandie. Les Allemands pliaient bagages, mais ils semblaient être plus pressés que ceux que nous avions déjà-vu. Il y avait des véhicules de toutes sortes, des camions et des charrettes. Certains camions étaient même tirés par des chevaux et partaient vers le nord et l’est, empruntant plusieurs routes. Les visages des soldats étaient ternes, marquant une grande fatigue.
A la sortie de la ville, notre premier soin, fût de trouver le contact du fameux Comte dont le civil nous avait parlé. Nous trouvâmes sa demeure beaucoup plus facilement que prévu. C’était un monsieur d’environs une soixantaine d’années, ancien capitaine de cavalerie nous dit-il.
Habitant une belle maison, peu visible de la route mais avec un beau parc derrière, et des écuries où avant la guerre il aurait possédé des chevaux réquisitionnés par les Allemands .
Nous écoutâmes poliment le récit de sa promotion de Saumur puis nous entrâmes dans le vif du sujet.
Il fût très sceptique lorsque nous lui annonçâmes que nous venions de chez les Américains de l’autre côté, et commença par nous demander :
- Quel âge avez-vous ?
Nous le prîmes mal, car c’était bien la dernière chose à nous demander et je lui répondis :
- Peu importe notre âge, nous ne sommes pas là pour discuter de date de naissance, mais pour des choses beaucoup plus sérieuses et urgentes.
- Nous voulons rencontrer quelqu’un qui puisse nous renseigner sur les défenses allemandes devant la ville. Également savoir quel sont les unités qui restent dans la ville.
Nous cherchons aussi des renseignements sur des tanks miniatures que les Allemands utilisent contre les chars Alliés. Enfin, dans votre milieu de résistance, si vous êtes en rapport avec la gendarmerie ?
Après avoir parlé de gendarmerie son visage s’éclaira, la conversation devint moins tendue. Il nous proposa de nous emmener après nous êtres restaurés, à la gendarmerie où il connaissait bien l’adjudant.
Notre brave cavalier était devenu plus loquace pendant cette collation offerte généreusement en s’excusant du peu de nourriture dont il disposait Lui ayant annoncé que nous lui laissions nos valises pleines de pomme de terre, il devint même plus coopératif et c’est ainsi que nous apprîmes plusieurs choses intéressantes :
Nos fameux engins miniatures, étaient cachés dans les bonshommes de pailles dans les champs où à des orées de bois, nombreux dans la région. Le chef de batterie était à l’abri dans un trou où une tranchée. La batterie était composée de deux engins, guidés par une manette et un fil qui se déroulait au fur et à mesure de l’avancement de l’engin.
Pour ce qui était de la résistance, elle n’était pas très organisée dans la région. Par contre, il fallait être prudent car il y avait beaucoup de miliciens et c’est dans les environs qu’ils avaient des centres d’entraînement.
Dernière information d’importance, son facteur lui avait dit que le téléphone n’était pas coupé et que la préposée de la poste avait dernièrement pu téléphoner à sa mère à Chartres.
Après notre collation, nous partîmes ensemble, à pied pour la gendarmerie.
Les gendarmes n’étaient pas là. Ils sont à la cave nous dit une dame qui sortait de la maison derrière la gendarmerie.
Nous les trouvâmes enfin et malheur, notre accompagnateur résistant, leur annonça que nous étions. . . des Américains! Les visages “gendarmesques” se figèrent immédiatement, et ils étaient près à rejoindre leur cave après avoir haussé les épaules.
Nous eûmes toutes les peines du monde à attirer à nouveau leur attention en leur expliquant, avec tous les risques que cela comportait, que nous étions chargés de mission, et que nous voulions seulement essayer de nous servir du téléphone.
- Il n’en est pas question, d’ailleurs le téléphone est coupé.
Je leur demande d’essayer d’appeler la gendarmerie d’Epernon.
- Inutile, tous le réseau gendarmerie ne fonctionne plus.
- Appelez par la poste.
- Essayes qu’est-ce qu’on risque. dit un autre gendarme qui était remonté de la cave avec le premier.
Enfin, il se décide à tourner la manivelle et demande :
- La poste, ici la gendarmerie. Passez- moi la gendarmerie d’Epernon.
- Quoi, c’est Epernon ! (incroyable ça marche) Attendez, je vous passe quelqu’un , et il me passe le combiné.
- Pouvez-vous faire transmettre un message au Château de X . .
- -Oui, c’est l’Etat-major américain. . . Vous nous le demandez directement . Bien merci.
C’est ainsi que nous eûmes l’occasion de rendre compte de notre mission et de rester en liaison avec le service.
La disponibilité du téléphone fut aussi une découverte. Il nous fut dit par la suite que des communications avaient même pu êtres établis avec Paris.
Pour nous il n’était plus question de repasser coté Américain, “ c’était trop chaud et hasardeux ”
Nous restons donc à Rambouillet, en liaison via la gendarmerie.
Nous reçûmes alors la mission d’aller reconnaître les abords de la gare de trillage de Rambouillet , qui était tout près de la maison de notre comte chez qui nous avions élu domicile. C’était le début d’une nouvelle aventure.
Dès ce moment, nous étions les amis de notre cavalier, mais il ne voulu pas venir avec nous à la gare de trillage qui était pourtant tout près de chez lui. Par contre sa maison était la nôtre, et il se proposait de nous présenter un tas de gens, ce que nous refusâmes, en prétendant ne pas avoir le temps pour le moment.
La gare de trillage était un noeud ferroviaire important, et de nombreux wagons s’y trouvaient stationnés. Nous trouvâmes aux abords, de nombreuses mines bien camouflées dont nous enlevons les détonateurs. Nous ne voyons personne, mais prenons quand même de grandes précautions car nous ne sommes pas armés. Dans les wagons, il y avait toute sorte de matériel et munitions. Notre attention fut attirée par des wagons fermés, mais par les portes desquels sortaient des cordons reliés à d’autres fils courants sur le sol entre les rails et semblant aller vers l’avant du train. Ils renfermaient des châssis en bois contenant chacun ce qui nous a semblé une bombe volante (C’est lorsque nous conduirons des officiers du G2 à ces wagons que nous apprendrons qu’il s’agit de bombes volantes) à raison de quatre par wagon. Nous voyons ces engins pour la première fois. Des charges d’explosifs étaient fixées aux caisses. Nous coupons les cordons des charges et enlevons les détonateurs.
Nous passons aussi un bon moment à inspecter les autres wagons car nous espérions en trouver, contenant les fameux engins anti-char téléguidés, qui intriguaient les Américains, mais sans succès hélas.
Il n'y avait toujours personne en vue. Les Allemands avaient dû se retirer précipitamment sans avoir le temps de terminer le minage et de tout faire sauter.
A l’arrivée des Alliés à Rambouillet, nous constatons qu’il n’y a pratiquement plus d’unités US à part l’intendance et quelques services, mais presque tous les blindés sont maintenant de la 2° DB.
Nous retrouvons l’office de liaison G2 qui est quand-même présent, et nous les informons de nos dernières trouvailles ce qui semble les intéresser davantage que la percée des blindés alliés. Ils nous demande de les conduire après avoir demandé une escorte de soldats, malgré notre assurance du sans risque.
Ils nous apprendront aussi par la suite que nous avions été prévu pour guider les premiers chars dans les méandres des banlieues sud parisiennes. Les unités de tête devant entrer dans Paris en évitant les grands axes qu’ils savaient fortement défendus. Au dernier moment, les plans auraient été modifiés. Les unités américaines n’attaquant plus vers Paris, mais bifurquant au nord vers la Seine pour contourner la capitale.
C’était maintenant la 2° DB qui fonçait, c’est bien le terme, sur Paris. Le service américain n’avait donc plus besoin de nous pour l’instant. Notre déception était grande, et nous nous demandions si ce n’était pas pour se débarrasser de nous que la mission Rambouillet nous avait été confiée. Leur en ayant fait la remarque ils protestèrent nous affirmant que bien au contraire, nous avions rendu de grands services pour la cause alliée, et qu’ils nous en étaient reconnaissants. Nous fûmes logés avec les correspondants de guerre américains ainsi que ceux de la BBC auxquels nos officiers “traitants” américains nous présentèrent.
Ceux-ci devaient attendre que les grands axes qui étaient encore tenus par les Allemands, soient dégagés avant d’entrer dans Paris.
Les avant-gardes de la 2° DB, fonçaient en effet par les faubourgs comme les Américains l’avaient prévus en contournant au maximum ces grands axes.
Il avait donc été convenu avec les “Ware correspondants” que nous monterions avec eux. Eux-mêmes étant pressés d'arriver à Paris. En attendant, ils s’intéressaient à nos aventures dont les officiers du G2 leur avaient parlé, et nous demandaient des détails, prenaient des notes et nous photographiaient.
Parmi ces “Ware correspondants”, il y avait des Français de la BBC avec qui nous sympathisons davantage dont : Jean Oberlé, Claire Descarte et entre autres Pierre Lefèvre avec qui nous resterons en relations amicales par la suite. jusqu’à notre retour d’Indochine.
Peu de temps après, c’est avec une profonde émotion que nous participons à la ruée irrésistible sur Paris dans les fourgons des “Leclerc”, nos jeeps intercalées dans les colonnes de véhicules et de chars. Sales, puant la sueur, mais embrassés, fêtés, acclamés, par une foule en délire. Moment inoubliable qui restera à jamais gravé dans nos mémoires. Toutefois, cette ruée était parfois arrêtée, le temps que les unités de tête réduisent quelques barrages d’antichar installés sur la chaussée et à certains croisements.
Des tanks équipés d’une sorte de lame orientable qu’on appelle maintenant des bulldozers, mais inconnus à l’époque dégageaient sous la protection des autres chars, des monticules de gravas provenant d’immeubles et maisons écroulées sur la chaussée et gênant le passage. C’était dantesque et donnait l’impression d’une puissance invincible.
En ce qui me concerne, je nageais dans l’enthousiasme car j’étais tout près de chez mes parents qui habitaient Chatenay-Malabry et que je n’avais pas revu depuis mon départ pour le maquis.
Comme les chars de l’avant étaient bloqués à “La Croix de Berny” par une batterie de 88 allemande, je propose à Pierre Lefebvre qui conduisait la jeep, de faire un détour pour aller les rassurer par des chemins détournés que je connaissais. Nous prendrions ensuite par des rues secondaires qui seront sans doute plus dégagées pour rentrer dans PARIS.
Il accepte avec gentillesse. Faisant signe au véhicule d’escorte de nous suivre, ce que le conducteur fait sans chercher à comprendre. Nous nous engageons dans les rues d’Antony que je lui indique et nous arrivons rapidement par des petits chemins longeant le bois de Verrière jusqu'au bas du petit immeuble de l'appartement de mes parents. Il n’est pas utile de décrire l’accueil triomphal qui fut le nôtre, d’autant plus que nous étions les premiers véhicules alliés arrivant dans la localité. (La Butte Rouge à Chatenay-Malabry)
Mes parents ne furent pas les moins enthousiastes. Ma mère nous fit un bon repas avec ce qu'elle pu récupérer dans ses réserves. Pierre Lefebvre ravi, me dit :
- C’est mon premier repas familial depuis que je suis en France.
Pour la cuisinière, ce ne fut pas une mince affaire de nourrir autant de personnes arrivant ainsi d’une façon impromptue. Notre repas fut malgré tout aussi mémorable que folkloriquement franco-américain avec un mélange de victuailles françaises et conserves des rations américaines, dites “rations K “ dont nous avions une abondante provision dans nos véhicules..
Tout le voisinage était en émoi et entourait les jeeps stationnées en bas de l’immeuble et heureusement gardé par le chauffeur du second véhicule. Devant l’attroupement autour des véhicules, le repas rapidement terminé nous dûmes abréger notre visite et reprendre la route pour Paris.
Je promis à mes parents de revenir dans les jours qui allaient suivre, et nous reprîmes notre chemin victorieux vers la capitale.
Nous débouchâmes sans problème à la porte de Châtillon, et nous rendîmes sur le parvis de la cathédrale de Paris, en évitant les grandes avenues.
Le lendemain, nous étions logés à l’hôtel Scribe, toujours à la remorque des “Wares correspondants” qui n’avaient reçus aucunes nouvelles instructions à notre sujet.
Le lendemain, Claude décida d’aller voir de la famille, parents éloignés, et moi de retourner passer une journée où deux chez mes parents.

Nous nous donnons rendez-vous pour dans trois jours.




extrait de " Jeunesse dans la guerre " de J.Rosier


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