L'enfer du Mont Cornillet

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L'enfer du Mont Cornillet

Message  Wearing of the Grey le Sam 9 Mar - 13:29

source : http://www.mairie-beine-nauroy.fr/Download/1917-mai-tragedie-mont-cornillet.pdf
Christian MOREAU Avril 2007

LA TRAGÉDIE DU MONT CORNILLET (Avril-Mai 1917)

L'Histoire suit parfois de bien étranges chemins.
Un peu plus de 57 années se sont écoulées pour qu'une tragédie méconnue de la Première Guerre mondiale soit rappelée au public.
En mai 1917, un des épisodes les plus atroces de la guerre se déroulait en Champagne Pouilleuse :
400 soldats allemands périssaient par asphyxie, en quelques minutes, au fond d'un tunnel creusé dans les flancs du Mont Cornillet,
piton occidental de l'alignement des Monts de Champagne.

Plusieurs décennies furent nécessaires pour qu'on se rappelle les 400 cadavres murés dans l'une des trois galeries du tunnel et que le gouvernement
ouest-allemand, en accord avec les autorités françaises, entreprenne des recherches qui, en juillet et août derniers, permirent d'exhumer les dépouilles
de 265 des morts du tunnel (1)

C'est cette tragédie qui va être décrite dans les pages suivantes.

Champagne Pouilleuse !

Telle est, par dérision ou par ironie, la dénomination péjorative dont on affuble la triste région qui s'étend de Reims aux confins de l'Argonne.

Le paysage s'y étale en mornes ondulations qui se perdent sur l'horizon.
Aussi, la plus modeste élévation du sol, le moindre accident de terrain prennent-ils le nom de mont ou de butte ; termes qui peuvent paraître hautains
ou même présomptueux, mais semblent finalement les seuls qui puissent désigner géographiquement les émergences calcaires de cette contrée, au point
que de simples tas de craie laissent l'impression de véritables falaises : tel est le cas des monts de Champagne.



Ils forment un alignement presque rectiligne orienté nord-est-sud-ouest que le visiteur courageux pourra embrasser du regard en grimpant sur l'observatoire
du Mont Sinaï (280 m), en plein centre de la Montagne de Reims.
Il distinguera de gauche à droite les Monts Cornillet (208 m), Blond (232 m), le sommet double du Mont Haut qui culmine à 250 m, le Casque (242 m) et le Téton (237 m).
Le Mont Pertois (188 m) s'appuie sur les contreforts méridionaux du Mont Haut.

En avant de cette barrière, le Mont Sans Nom dresse à 209 m sa masse solitaire et désolée.
Cette région, déjà peu favorisée, a été tuée par la guerre.
Seules deux pancartes et une chapelle commémorative témoignent, de nos jours, de l'existence passée de deux petits villages agricoles :
Nauroy (nom formé d'après les mots latin ou roman désignant l'aune, le coudrier, le frêne) Moronvilliers (Muronis Villare, nom d'origine germanique ou gallo-franque
désignant une dépendance de la villa (2).

Détruits, ils n'ont jamais été reconstruits.
Mis à part les Anciens combattants, rares furent, après la guerre, les visiteurs du Mont Cornillet.
Précisons que la S.N.C.F. incluait encore, en 1939, la visite du mont dans ses excursions sur des champs de bataille de la Première Guerre mondiale.

En 1919, un témoin revit les Monts :
« Ces troupes sont classées paysages de guerre ; pas une seule tranchée n'a été comblée, pas un entonnoir bouche.
Seuls, quelques maigres arbustes ont repoussé au hasard sur la craie parmi les chevaux de frise et les réseaux rouillés.
Jamais je n'ai senti plus complète, plus lourde solitude qu'un jour d'automne 1919 où j'ai gravi le Cornillet. C'était le soir, un vent violent balayait la crête courait
dans les tranchées, s'engouffrait dans les sapes. Partout la craie, la craie grise bossuée, soulevée, éventrée.
Devant moi,s'effaçait peu à peu la ligne de la Montagne de Reims ; vers la ville, le couchant saignait entre deux nuages d'encre ».
(3)

Aujourd'hui, il suffit de prendre pied sur le mont pour éprouver la même sensation de malaise.
Le paysage n'a pas changé : tranchées encore apparentes, boyaux se tortillant sur les flancs d'une butte truffée d'obus non éclatés, d'abris affaissés.
Le Mont Cornillet reste de nos jours le témoin d'une époque dont le souvenir s'estompe peu à peu dans la mémoire des hommes.

Une formidable organisation

Si en septembre 1915, le Mont Sans Nom eut à subir les assauts de l'aile gauche de la grande offensive du général Joffre, la région des Monts de Champagne
demeura relativement épargnée par la guerre jusqu'en 1917.
Certes, en septembre 1914, la IXe armée du général FOCH, pourchassant les Allemands depuis les marais de Saint-Gond, s'était heurtée à la ligne des Monts et
après des alternatives d'avances et de reculs, le front s'était figé au pied du massif, mais l'année 1916 fut calme.

Français et Allemands envoyaient leurs divisions usées s'y refaire.
On se confinait en somme dans une guerre de siège seulement troublée par des coups de main dont le but était aussi bien d'entretenir une certaine activité offensive
que de glaner divers renseignements.
Il saute aux yeux que les Allemands surent mettre à profit cette longue période de stagnation des opérations.

Ils s'employèrent ainsi à fortifier le terrain en y creusant des kilomètres de tranchées et de boyaux.
« 1l est en effet indispensable aux Allemands de tenir les merveilleux observatoires qui s’échelonnent entre le Mont Cornillet et Moronvilliers »,
écrivait en 1916 le général GOURAUD commandant la IVe armée.

Il ajoutait que « la moindre parcelle de terrain était truqué ».
Encore ignorait-il un point crucial : les Allemands avaient transformé le Mont Cornillet en une
formidable organisation souterraine.
Trois grands tunnels avaient été forés dans les flancs du mamelon, en prenant pour base une ancienne mine de craie.
Pendant plus d'une année, sac par sac, les Allemands avaient évacué la craie provenant des travaux pour la déverser dans la carrière de Nauroy.
Pratiquement indécelables, protégées de par leur position à contre-pente, les entrées du tunnel au nombre de trois étaient séparées par un intervalle
de 50 m et distantes du sommet vers le nord-est, d'une trentaine de mètres.

Un document saisi sur un officier allemand fait prisonnier le 5 mai 1917 révéla une organisation complexe.
Chaque galerie atteignait la longueur assez extraordinaire de 150 m.
Vu de face, chaque tunnel affectait une forme trapézoïdale de 3 m.50 de base, 2 m.60 au sommet et de 3 m.20 de hauteur.
Trois bataillons avec armes et bagages y pouvaient trouver un abri sûr.
De là, il leur était aisé de contre-attaquer un adversaire débouchant du sommet et de le stopper.
Postes de commandement et de secours se répartissaient au long des galeries.

Les forces en présence

Jusqu'en avril 1917, le secteur des Monts s'incluait dans le système de défense du général von EINEM commandant la IIIe armée allemande.
C'est le 16 de ce mois, soit la veille de l'attaque française, que la 1ère armée du général von BELOW prit à son compte le front compris entre Berry-au-Bac
et Aubérive-sur-Suippe.
Les Monts passaient sous la responsabilité du 14ème Corps de Bade appelé également Grüppe Prosnes, du nom d'un village dominé par le Mont Haut.

Ce groupe de divisions, le général Charles de BEAULIEU, descendant d’émigrés français, le commandait.
Il réunissait les 29ème, 214ème, et 58ème D.I..
Quatre autres divisions étaient susceptibles d'intervenir en peu de temps, une fois la bataille engagée.
Les Allemands semblaient fermement décidés à conserver leurs précieux observatoires et mettaient en oeuvre une défense dite élastique soutenue par plus de
170 batteries d'artillerie.
Le 113ème R.I. s'était établi depuis le début avril sur le Mont Cornillet et avait supporté sans trop de pertes la préparation d'artillerie française, grâce aux tunnels.
Il formait avec les 112ème et 142ème R.I. la 29ème division de Bade du général von DER HENDE.
Le 2e bureau de la IVe armée française la considérait comme une très bonne unité, « homogène, bien instruite et bien Commandée »
Elle avait participé à de nombreuses grandes actions de la guerre comme les combats de Notre Dame de Lorette, ceux de la Main de Massiges et de la Somme.
Du côté français, l'idée de prendre l'offensive contre les Monts de Champagne n'apparut que vers le mois de mars 1917.
Le repli allemand en Picardie en fut la cause principale.
Raccourcissant le front prévu à l'origine par le général NIVELLE vers l'ouest, il obligea ce dernier à le prolonger au-delà de Reims qui constituait auparavant la limite
est de l'attaque. Ainsi les Monts de Champagne furent-ils englobés dans ce qu'on appela l'offensive d'avril.
Pour le commandement français, loin de constituer un obstacle très sérieux, ils ne représentaient que la première étape d'une offensive qui devait mener la IVe armée
vers Rethel et Vouziers.
De graves dissensions avaient présidé à l'élaboration du plan définitif et maints messages acrimonieux du Grand Quartier Général étaient venus corriger les vues jugées
trop pessimistes de la IVe armée et du Groupe des Armées du général PETAIN, qui dirigeait l'attaque.
Quoi qu'il en fut, les 8ème et 17ème Corps d'armée qui se concentraient au pied des Monts de Champagne depuis le mois de mars 1917 n'en disposaient pas moins de
170000 soldats et de plus de mille pièces d'artillerie dont la moitié de 75, pour 16 km de front.

Le secteur du Cornillet incomba à la 34ème D.I. du général de LOBIT dépendant du 8ème Corps d'Armée.
La 34ème D.I. groupait, en avril 1917, les 59ème, 83ème et 88ème R.I. composés en majeure partie de soldats du sud-ouest et d'éléments en provenance de Bretagne
et de Vendée.

Ceux-ci connaissaient bien la Champagne Pouilleuse où ils avaient combattu de décembre 1914 à avril 1915 devant Perthes les Hurlus.
L'Artois, la Somme en 1916 les avaient marqués.
Enfin, depuis août de la même année, ils tenaient le secteur du Mont Cornillet.
Pour l'Abbé Jean DESGRANGES, aumônier de la 34ème D.I., les soldats n'envisageaient l'assaut du Mont Cornillet pas autrement que comme une course à la mort (4).
Même si le commandement disposait en arrière de l'infanterie trois groupes de chars d'assaut Schneider et Saint-Chamond qui épauleraient les vagues d'assaut et
aideraient à la percée en s'infiltrant par le col séparant le Mont Cornillet du Mont Blond.

17 avril : un lieutenant chef de bataillon

Pourtant, le 17 avril, à 4 h 45, l’élan des troupes de la 34ème D.I. ne fit pas défaut.
Protégés par l'obscurité, malgré la perte de deux chefs de bataillon et un combat à la grenade dans la tranchée d'Erfürt, les soldats du 83ème atteignirent le sommet du mont
à 6 h 45 et sans grosses pertes.
C'était déjà là un exploit peu ordinaire et l'un des plus beaux succès de cette journée.
Cette situation ne put être exploitée par suite de l'insuccès des divisions flanquant la 34ème D.I. à droite et à gauche et du manque de renforts immédiatement
disponibles.
En flèche, le 83ème dut s'organiser dans le réduit du Mont Cornillet et subir dès 8 heures du matin les premières contre-attaques des Badois du 113ème R.I.
abrités dans les tunnels.
A 10 h, le 3ème et dernier chef de bataillon du 83ème, tombait.
A 17 h, après une épouvantable journée passée au sommet du mont, accablés par les tirs d'artillerie aussi bien allemande que française, couverts de boue, gelés,
les hommes du lieutenant RAYNAL, devenu chef des débris du 2e bataillon du 83ème, rétrogradaient à mi-pente.
Au cours de ces quelques heures de combat, la moitié des officiers et 1/3 des hommes du régiment avaient été tués, blessés ou portés disparus.
Le 17 au soir, le 13e R.I. (169e R.I.) relevait le 83e R.I. Il contrecarrait toutes les tentatives ennemies.
Voici l'avis d'un soldat au soir de l'attaque :
« La division a fait une attaque de trois kilomètres.
Tout avait bien marché. Mais il y a eu des contreattaques et c'est là où nous avons eu le plus de pertes.
Le régiment a beaucoup souffert. Nous n'avions jamais eu autant de pertes en si peu de temps ».

Apaisée le 18, la bataille reprenait le 19 avril, relancée par le 52ème régiment de Prusse qui submergeait à l'aube les lignes françaises.
Seule l'intervention de l'artillerie permit de le stopper.
Le 20, le 13ème entreprenait à son tour une action sur les pentes sud-ouest du mont, mais pour se heurter à des nids de mitrailleuses bétonnées.

Le massacre du 71ème R.I.

Le secteur du Mont Cornillet passa, le 25 avril, au 10ème Corps d'Armée du général VANDENBERG.
Deux divisions formaient ce corps, 19ème et 20ème D.I. que le général NIVELLE n'avait cédées qu'à la condition d'une attaque qui viserait à la percée.
Le Cornillet échut à la 19ème D.I. du général TROUCHAUD.
Quatre régiments la composaient, qui tenaient garnison à Guingamp, Vitré et Saint-Brieuc :
48ème , 70ème , 71ème et 270ème R.I.
Ils arrivèrent à temps pour participer à l'attaque générale du 30 avril.
Le 71ème R.I. (avec 60 % de Bretons et 8 % de Parisiens) se vit confier la tâche de conquérir le sommet du Cornillet et de pousser jusque sur la route Nauroy-Moronvilliers.
Plan ambitieux qui semblait méconnaître les enseignements du 17 avril.
Le 71ème s'élança à 12 h 40 pour se heurter presque immédiatement aux mitrailleuses du réduit, épargnées par la préparation d'artillerie.
Ce fut un échec douloureux. Aux alentours de 14 h, deux contre-attaques d'une extrême violence,
provenant des tunnels, bousculèrent et encerclèrent les éléments trop avancés du bataillon d'attaque.
Un autre bataillon s'employa à dégager les fractions isolées.
Le 71ème, tout entier engagé, ne se maintint qu'avec peine sur les positions conquises.
Il enregistrait des pertes terribles : 20 officiers et près de 700 hommes.

Le colonel CHEDEVILLE, commandant le régiment rédigea cette phrase amère :
« Le tir de destruction a été mal réglé ou pas du tout ».

Les soldais quant à eux ne pouvaient protester que dans leurs lettres :
« Le moral est bien bas dans notre régiment en ce moment. Les pertes sont graves le succès incertain ». –
« Nous sommes arrivés dans un bien mauvais endroit. C'est un enfer bien pire que Verdun ».


Les mitrailleuses surgissaient du sol

Le commandement ne renonçait pas moins à ses projets et demandait un nouvel effort à la division TROUCHAUD.
Il sollicita cette fois le 48ème R.I.
Complètement désorganisé, le 71ème avait dû être retiré du front et recomplété par le 270ème, dissous à cette occasion.
Quant à l'objectif il se révéla plus modeste que celui du 30 avril. TROUCHAUD réclamait seulement le, sommet et les pentes nord du mont.

La date de l'attaque fut fixée au 4 mai.
Le 48ème quitta ses tranchées à 18 h 10 et progressa prudemment vers la tranchée nord du réduit qu'il atteignit sans aucune difficulté.
Les mitrailleuses se mirent à crépiter à ce moment.

Un témoin du 48ème en garde le souvenir :
« Les mitrailleuses ennemies avaient l'air de sortir de terre, de surgir de nombreux puits ».
A 18 h 45, l'inévitable contre-attaque allemande déboucha des pentes nord et nord-est. Le même témoin la décrit ainsi :
« Les Allemands qui contre-attaquaient étaient sans équipements, ni fusils, simplement armés de
grenades. Ils donnaient l'impression d'une troupe fraîche, tenue à pied d’oeuvre dans des abris sûrs ».

Le 48ème, perdant un chef de bataillon, fut littéralement reconduit dans ses lignes, baïonnette dans le dos.
Il ne put les conserver que grâce à l’intervention propice de l'artillerie de tous calibres.
Cette progression nulle coûtait 40 tués, 160 blessés et 257 disparus.
Ainsi la lutte pour le Cornillet s'éternisait.
C'était un véritable champ clos au sein duquel Français et Allemands rivalisaient de courage et
d'acharnement dans les combats.

Un prêtre, infirmier au 270e R.I. comparait le mont à:
« Un deuxième Mort-Homme où l’offensive s’ajoute aux misères d'une défensive en mauvaises conditions ».

Du côté allemand, le 173ème R.I. (223ème D.I.) tenait fermement le mont. Le commandant de la 10ème compagnie de ce régiment, fait prisonnier le 5 mai, indiquait :
« Les troupes du 173ème sont très solides et défendront le Cornillet jusqu’au dernier homme ».
Mais il révélait en même temps à ses interrogateurs l'existence des tunnels du Cornillet dont il vantait les qualités.
Un plan était même saisi sur lui. Le commandement français en fit bon usage.
Le 10 mai 1917, exsangue, épuisée, la 19ème D.I. s'en allait, relevée par la 48ème D.I.
Mais auparavant, le général TROUCHAUD avait tiré les leçons des échecs successifs de sa division :
« J'estime que le Cornillet ne peut être enlevé sans risquer de grosses pertes.
Le sentiment de tous ceux qui y ont été est que le piton est truqué à fond, qu'il a une garnison toute spéciale dont chaque élément est dressé à un rôle particulier,
ce qui donne à la défense un avantage incontestable et d'autant plus certain que les faces nord et nord-est échappent complètement a nos vues ».


Veillées d’armes

« Arrêter les frais sur Moronvilliers », tels furent les mots que le général FAYOLLE, successeur du général PETAIN à la tête du Groupe
des Armées du Centre, inscrivit dans son journal intime à la date du 5 mai 1917.

Ces mots révélaient la volonté du commandement tendant à mettre fin à une bataille aussi coûteuse qu’inutile.

PETAIN, chef d’Etat-Major Général depuis le 30 avril, envisageait en fait la liquidation de l’offensive du général NIVELLE.
Mais on ne pouvait mettre un terme à ces combats aussi longtemps que les troupes resteraient accrochées aux pentes sud, dans une position précaire,
dangereusement exposées aux retours offensifs allemands.

Aussi, quels que fussent ses scrupules, FAYOLLE dut se résigner à ordonner une nouvelle opération.

Il en fixa les grandes lignes le 5 mai :
« La IVe armée doit s’emparer du Cornillet. Les destructions des organisations ennemies auront dû être faites au préalable, systématiquement et à loisir,
en y consacrant le nombre de jours nécessaires, qu'il est inutile de déterminer à l'avance.
La IVe armée doit tout faire pour s'assurer la possession définitive de la crête de Moronvilliers dont la conquête lui fait le plus grand honneur ».


Une unité d'élite

Pour prendre le Cornillet, le commandement français dépêcha sur les lieux la 48e DI..
Cette division sous les ordres du général JOBA, réunissait en un brillant amalgame le 1er régiment de zouaves, le 2ème Mixte de Zouaves-tirailleurs et le 9ème tirailleurs.
Elle avait été de toutes les grandes actions de la guerre : Champagne et Artois en 1915, deux fois à Verdun et sur la Somme en 1916.
Le 8 mai 1917 le général JOBA prévenait ses régiments de leur prochaine entrée en secteur :
« La 48e D.I. entrera probablement avant peu dans la bataille.
Le devoir de tous est de se préparer sans retard moralement et matériellement à cette glorieuse éventualité avec l’ardent désir de soutenir par le succès
la réputation que se sont acquises les unités de la division ».


Ainsi, du 11 au 15 mai, le 1er régiment de marche de Zouaves prit à son compte le Cornillet

Voici comment le sous-lieutenant COSSARD, de la 43ème compagnie, vit le mont :
« Le mont, ses pentes, la plaine au sud bien au-delà de la tranchée d'Erfürt, présentaient l'aspect d'un désert : terre crayeuse d'un blanc grisâtre ou brûlée
par les explosions ou noircie par la fumée, piochée, bouleversée par les éventrements, creusée de milliers de trous d'obus, vingt fois comblés, puis labourés de nouveau.
Partout des débris de réseaux de barbelés.
Des boqueteaux de sapins réduits à quelques troncs broyés. Partout aussi des restes d'équipements, des pansements taches de sang.
Et, hélas, des cadavres en bleu horizon, des chevaux éventrés, quelques véhicules démolis ».


Le 16 mai, le général JOBA fixa la mission de sa division.
Le 1er Zouaves devait escalader d'une seule traite les pentes sud du mont et se porter directement sur les entrées du tunnel pour les tenir sous des feux
de mitrailleuses et au besoin enfumer les bouches d'aération.
En face, le 476ème régiment wurtembergeois attendait l'assaut.
Il appartenait a la 242e D.I.
Cette unité créée à l'automne 1916 se composait d'un mélange assez hétérogène d'anciens blessés, de soldats récupérés sur les unités combattantes et de
recrues de la classe 1918.
Pour la 242ème D.I. le Mont Cornillet s'avéra comme une expérience terrible.
Ce fut son premier véritable engagement dans la guerre car le front d'Alsace dont elle avait tenu un secteur quelques mois durant, sous le commandement du
général von ERPF, s'était révélé très calme.

Comme l’écrit le capitaine GNAMM, historien de la division,
« ce que les troupes avaient encore à apprendre des grandes batailles, elles le firent en un temps très court à la dure école du Cornillet »
Le 14 mai, la division commença la relève de la 223ème D.I. terriblement ébranlée par vingt jours de combats.

Voici comment le capitaine GNAMM décrit les positions du 476ème R1. :
« La première ligne était inexistante dans le secteur de droite. Le reste du front était parsemé d'entonnoirs d'obus, qui ça et la avaient été joints en une tranchée.
Les abris et les blockhaus étaient entretenus pour un petit nombre seulement.
Sur l'aile gauche du Cornillet, la première ligne se terminait en un inconcevable champ d'entonnoirs d'obus ».

(Sources : Gnamm (Hauptmann) : die 242 Infanterie Division in Weithieg, 1914 – 1918)

Le moral du 476ème se tournait vers la résignation.
Sur le cadavre d'un lieutenant de ce régiment, on retrouva un carnet de route qui contenait à la date du 15 mai les propos suivants :
« Maintenant, nous allons vers le point capital de la Champagne : les fameuses hauteurs au nord de Prosnes. A 3 h. la relève est terminée.
Maintenant commence la véritable guerre d'entonnoirs. C’est une sacrée cochonnerie. Je suis content que les Français n'attaquent pas ».


Le drame des tunnels

A la veille de la bataille du 20 mai, les tunnels du Cornillet abritaient une garnison importante :
deux commandants de bataillon, six compagnies d'infanterie, deux compagnies de mitrailleuses, quatre pelotons de pionniers, des postes de secours, une station radio.
Au total plus de 1 000 hommes.
Les possibilités d'une invasion des tunnels par les gaz avaient déjà été sérieusement envisagées par le commandement allemand.
Ainsi, au moment de l'attaque du 4 mai, le 173ème R.I. avait dû évacuer une partie des souterrains envahis par des nappes de gaz .
Le général von ERPF réduisit dès l'entrée en ligne de sa division, la garnison des tunnels, dans
l'éventualité d'une catastrophe.
Une inspection d'un capitaine de l'Etat-Major de la 142ème D.I. poussa le commandement à renforcer les pelotons de pionniers dont la tâche la plus urgente
était de dégager en cas de coups au but, les entrées déjà assez sérieusement endommagées par de précédents bombardements.
De leur côté, forts des renseignements qu'ils obtenaient par les prisonniers, les Français photographiaient le Mont Cornillet de long en large par avion.

Vers le 10 mai, sur une prise de vue aérienne, ils découvrirent les entrées du tunnel :
« Trois petits points noirs, les entrées étaient seules visibles après examen attentif des photographies,car ces entrées étaient cachées par l'ombre
portée étant à contre-pente et au nord »,

(Lieutenant CARLIER : la photographie aérienne pendant la guerre).

Pour détruire les entrées du tunnel et les bouches d’aération, un canon de 400mm fut employé.
Il joignait sa terrible puissance à huit groupes de 75, six de 155, quatre de 220 et à plusieurs batteries de canons de tranchée.
La préparation d'artillerie préludant l'attaque commença dans la nuit du 19 au 20 mai.
Plus de 8000 obus à gaz furent tirés sur les entrées.
Le canon de 400 s'attaqua plus particulièrement aux bouches d'aération du tunnel qui avaient été repérées par photographie aérienne.
Nous avons trouvé une explication dans l'ouvrage du lieutenant CARLIER consacré à la photographie aérienne pendant la guerre :
« En examinant les photographies à la loupe. l'interprétateur du secteur de la ferme d'Alger remarqua, au fond d'un entonnoir de gros calibre,
un petit rectangle noir
qui disparaissait après un bombardement et réapparaissait régulièrement a la même place, et cela obstinément pendant plusieurs jours.
L'ennemi devait avoir un intérêt capital à entretenir ce point coûte que coûte. Ce devait être fort probablement la cheminée d’aération principale des tunnels ».


C'est sur cet endroit que s'acharna le canon de 400.

L'attaque fut fixée au 20 mai, 16 h 25.
20 mai 1917 : vers 13 h, le bombardement d artillerie s'intensifia sur le mont.
Il dut être efficace car aux alentours de 14 h 30, une vingtaine d'Allemands exténués vinrent se présenter devant le front du 1er Zouaves en brandissant un drapeau blanc.
De confuses explications permirent de supposer que le tunnel avait été envahi par les gaz.
A 15 h 45, les postes avancés signalèrent deux à trois cents Allemands fuyant vers le nord.
Le drame se consommait. L'attaque partit à 16 h 25 emportant le sommet du mont après un vif combat contre des nids de mitrailleuses.

A 18 h, le colonel POIREL, chef du 1er Zouaves, rendait compte de l'investissement des entrées du tunnel. Mais le succès coûtait très cher : 19 officiers et 600 hommes.

Un témoin écrivait :
« Et sur tout cela, une atmosphère de poussière, de fumée, l'odeur âcre des explosifs.
Et le bruit de tonnerre et de tempête des coups de départ et des explosions.
A vrai dire : un enfer que ce Mont Cornillet dans l'après-midi du 20 mai »


Mais pour la première fois, aucune contre-attaque n'était venue stopper les assaillants.
On en découvrit la raison le lendemain.

Le 21 mai, une première visite des tunnels eut lieu.
Elle fut entreprise dans la galerie centrale, par le médecin major FORESTIER, que nous avons retrouvé et qui nous a confié son témoignage et les notes de
son Journal intime.
Nous en citons ici quelques lignes :
« Tant que je serai vivant, je garderai au fond de ma mémoire le souvenir de ce spectacle. Aucune parole ne dira l'aspect effroyable de cataclysme
de cette entrée d'abri.
Un obus de 270, de 400 peut-être est tombé à quelques mètres de l'entrée. En pénétrant dans le trou, on aperçoit, noyés au milieu de la craie des uniformes grisâtres.
Mais aussitôt que l'on pénètre le regard s’arrête pétrifié et l'on est saisi à la gorge par l’odeur.
L'abri, qui est large de trois mètres, haut de deux mètres cinquante, a son orifice presque complètement obstrué par les cadavres qui s'y entassent sur 4 ou 5 épaisseurs.
Dans la masse grisâtre des uniformes entassés on distingue à côté de la couleur noire des équipements,les taches des faces et des mains des morts asphyxiés par
l'oxyde de carbone.
Les cadavres sont pêle-mêle, entrelacés, dans des attitudes effrayantes de contorsion.
On y sent les souffrances atroces, traduites par les traits crispés, la face gonflée, bouffie avec de l'écume blanchâtre autour des lèvres.
Parmi cet amas informe où semble régner la mort, l'horreur s'augmente des bruits de râles que l'on entend. Parmi les malheureux que nos obus ont tué là-dedans,
il y en a encore qui sont agonisants et poussent un dernier râle, sorte de gargouillement causé par leurs poumons remplis de liquide ».


Les visiteurs du tunnel purent ensuite reconstituer les scènes atroces qui s'étaient déroulées dans ce lieu de mort.

En voici le récit.

A midi, le 20 mai, un obus de 400 perfora la voûte de la galerie Est et en effondra une partie.
Le monoxyde de carbone dégagé par l'explosion s'ajoutant à l'action des obus à gaz tombant près des entrées, ne tarda pas à envahir les galeries.
Dès qu'ils s'aperçurent de sa présence, les soldats du 476ème se ruèrent sauvagement vers les sorties, c'est à dire vers le salut.
La panique fût indescriptible.
Les hommes se gênèrent, se bousculèrent, s'agglutinèrent vers les entrées endommagées par les obus pour y périr. asphyxiés.
Une seconde visite se déroula dans la nuit du 27 au 28 mai alors que l'artillerie allemande pilonnait sans arrêt les pentes nord du mont.
Un aumônier et un médecin y participèrent.

Le capitaine TEXIER de L'Etat-Major de la 48ème D.I., narre ses découvertes :
« Guidé par l'aide Major LUMIERE et l'aumônier CARRIERE, à la recherche de la galerie centrale,j'errai pendant une demi-heure environ,
scrutant vainement toutes les pentes nord du Cornillet.
L'action des obus au cours de la journée du 25 a bouleversé à nouveau le terrain.
Enfin, l’emplacement de l'entrée est identifié et se trouve à une quarantaine de mètres de part ci d'autre d'une sape servant d'abri à un poste de secours.
Mais l'entrée est éboulée : il faudrait un travail de plusieurs heures pour la dégager.
Je me rabats sur la galerie Est. Son entrée également très malmenée par les obus allemands se réduit à un orifice de 0,90 m. environ .
La galerie s'étend sur 50 à 60 mètres. Au fond, la voûte est effondrée.
La galerie est boisée de coupe trapézoïdale. Elle est suivie par une voie étroite, ce qui prouve qu'elle se prolonge au-delà de l'éboulement.
A droite, dans une petite enclave, se trouve un poste de télégraphie sans fils.
Le télégraphiste, encore assis à sa place, a mis son masque anti-gaz ».


La galerie est pleine d'un enchevêtrement de cadavres en décomposition (40 à 50).
D'après les dires du docteur LUMIERE et de l'aumônier CARRIERE. le tunnel renferme 300 â 400 cadavres.
Il faut renoncer à retirer les cadavres et les murer dans la partie nord des galeries ». (Archives du Service Historique de l’Armée).

L'historique officiel allemand confirme le chiffre avancé sur le nombre de victimes du tunnel :
« Sur le Mont Cornillet, les entrées d'un tunnel à l'usage des troupes d'assaut furent bouchées par
l'artillerie française. Quatre cents hommes de la 242ème D.I. trouvèrent là une mort tragique ».

(Reicharchiv, tome XII, der Weltkrieg 1914 – 1918)

Un bilan

La chute du Mont Cornillet fut annoncée le 22 mai par la presse allemande.
Voici ce que l'on trouve à ce sujet dans le FrankfürterZeitung :
« Une immense bataille s'est rallumée le 20 mai sur la chaîne des hauteurs que nous tenons dans la Champagne Occidentale...
Sur deux de ces hauteurs - Mont Cornillet et Mont du Téton - nos troupes ont été refoulées par l'assaut d'hier sur le versant septentrional ».

La presse allemande passait donc sous silence le drame des tunnels.
Le premier récit sur le Cornillet parut dans le Petit Parisien du 22 juin 1917, un autre plus complet dans l'illustration du 4 août 1917.

Un bilan s'impose.

Les Français gagnaient au prix d'une terrible usure un observatoire de première qualité.
Sans plus.
Le véritable but de la bataille du 17 avril, la percée vers le nord-est, n'avait pas été atteint.
L'avance se réduisait à quelques 2400 m en profondeur, dont 1800 gagnés le 1er jour.
On se battit donc pendant un mois et plus pour la possession d'un terrain criblé d'entonnoirs.
Cinq régiments français avaient usé leur force contre le mont : 83ème, 13ème, 71ème, 48ème, et 1er Zouaves.
Nous constatons que le 83ème y perdit 500 hommes en 7 jours, le 71ème 700 le 30 avril seulement, le 1er Zouaves, 817 en quelques jours.
Du côté opposé, le bilan se révélait aussi effrayant : le 113ème laissa 684 hommes sur le terrain, le 52ème 749 hommes , le 476ème 1 212 hommes.
Le Haut Commandement allemand ressentait assez durement la perte des Monts de Champagne.
Ainsi le laisse entendre le général LUDENDORFF dans ses Mémoires :
« Les attaques françaises avaient également commencé en Champagne.
Elles étaient dirigées contre le massif de Moronvilliers. Une division céda. Nous perdîmes ces hauteurs qui constituaient des positions de tout premier ordre...
C'était une perte sensible car ces hauteurs donnaient des vues très étendues vers le nord. Il nous fallut nous résigner à cette perte ».


Ce que devinrent les tunnels

A peu près intacts, les tunnels du Cornillet furent réemployés par les Français.
La 132ème D.I., relevant fin mai la 48ème D.I., entreprit dans ce but plusieurs visites des souterrains.
A chaque fois, les cadavres qui encombraient les galeries gênèrent les explorations par suite de leur décomposition avancée, donc de l'odeur pestilentielle qu'ils dégageaient.
Pendant l'une des visites, on découvrit même un survivant, devenu fou, qui répondit aux sommations françaises par une sorte de rugissement.
Il fut abattu.

Dès le 27 mai, le général VANDENBERG, commandant le 10ème C.A., émit l'idée d'une réutilisation des tunnels.
Il évoquait
« l’intérêt de l’utilisation des tunnels du Cornillet et à la,fois comme abris des éléments de contre-attaque et lorsque des débouchés convenables
vers le sud auraient été créés, comme des communications souterraines vers la 1ère ligne ».


Le problème le plus important restait de se débarrasser des cadavres.
Comme il était pratiquement impossible de les sortir hors des souterrains et de leur donner une sépulture, le commandement français décida de les murer dans le
tunnel le plus à l'ouest et au fond de la galerie centrale.
Le génie de la 132ème D.I. s'en occupa, aidé, le 4 juin 1917, par la section de discipline du 366ème R.I.
En ce qui concerne les travaux dans les tunnels, la compagnie 15/12 de la 132ème D.I. commença de les entreprendre dans la nuit du 29 au 30 mai 1917.
Cette première nuit fut tout entière consacrée à la recherche des entrées des tunnels.
Il était difficile, en effet, d'en trouver trace par suite du nivellement continuel du terrain par l'artillerie allemande. Finalement on découvrit l'ouverture de la galerie Est.
Les sapeurs s'attaquèrent à l'éboulis provoqué par l'obus de 400 tombé sur la cheminée d'aération le 20 mai.
Le 8 juin, l'éboulis fut entièrement dégagé et révéla une cheminée d'aération.
Le courant d'air produit permit ainsi un assainissement rapide des galeries et rendit le travail des sapeurs moins pénible.
Dans la nuit du 18 au 19 juin, un second éboulis se dressa devant les sapeurs.
On s'y attaqua le 24 juin. Finalement, la galerie ainsi creusée et dégagée aboutit sur les pentes sud du mont.
Le tunnel du Cornillet venait de naître.

Le dénouement

Apaisés en juin 1917, les combats pour le Cornillet reprirent en juillet de l'année suivante.
Cette fois, le mont se trouva inclus dans la grande attaque allemande du 15 juillet 1918 : le Friedensturm, l'offensive pour la paix.
Lancé de chaque côté de Reims, le "Friedensturm" constituait la dernière chance de l'Allemagne.
LUDENDORFF ne dit-il pas le 15 juillet 1918 :
« Si /'offensive de Reims réussit, nous avons gagné !a guerre ».
Devant les Monts de Champagne, les Allemands avaient concentré une douzaine de divisions.
Le Mont Cornillet était l'objectif de la 3ème division de la Garde.
Le Lehr-Régiment (régiment d'instruction) composé de soldats d'élite devait s'emparer du mont, puis aidé par le Régiment de Fusiliers de la Garde, s'avancer vers
Condé-sur-Marne et tendre la main aux troupes de la VIIe armée qui attaquait à l'ouest de Reims à partir d'Epernay.
Les Allemands s'attendaient à. une résistance acharnée de la part des Français.
En face, le 124ème R.I. de la 124ème D.I. fut chargé de défendre le mont.
Cette division connaissait bien les Monts de Champagne dont elle avait tenu divers secteurs depuis Juin 1917.
Mais contrairement à ce que pensaient les Allemands, le Cornillet se trouvait dans la ligne avancée française et la ligne de résistance principale avait été reportée à
3 km plus au sud.
C'était là l'application de la directive du général PETAIN connue sous le nom de "directive n° 4".
De cette façon, les Allemands concentrant leurs feux en particulier sur la première ligne, ne pouvaient y détruire que les quelques éléments chargés de les tenir.
Le gros des troupes, disposé plus en arrière, subirait moins de pertes et serait à même de stopper
l'assaillant déjà désorganisé par son passage dans les positions avancées.

Dès le 12 juillet 1918. pressentant à divers indices l'assaut allemand, le général GOURAUD avait prescrit :
« Il est important de ne pas laisser à l'ennemi, arrêté devant notre position intermédiaire, les abris de notre première position en état d'être
utilisés par ses troupes.
En dehors des destructions prévues, il est facile d'empoisonner l'atmosphère des abris et d'en souiller les parois par I'ypérite ».

Le tunnel du Cornillet fut inclus dans les destructions prévues.
On y laissa trois sapeurs de la compagnie 26/4 du 10ème régiment du Génie.
Ce furent le sergent BARDOUT, les sapeurs FOUTEAU et BILLY.
Ils étaient tous trois volontaires.
Déclenchée à 0 h 10, la préparation d'artillerie allemande précédait de quelques heures l'attaque générale sur les Monts de Champagne.
Prévenus par un coup de main heureux, les Français avaient évacué la première ligne pour n'y laisser que quelques hommes, qui devaient se sacrifier et
signaler la sortie de l'infanterie ennemie.
Celle-ci partit à 4 h 30 et submergea le Cornillet.
A ce moment, le tunnel du Cornillet sautait et la fumée de l'explosion recouvrit toute la chaîne des Monts.
On ne sut pas ce qu'il était advenu des trois hommes restés dans les galeries.
L'assaut allemand échoua, brisé sur la position intermédiaire française.
Pour les 15 et 16 juillet, le Lehr Regiment perdit 537 hommes, le 124ème, 332.
On connaîtra la destinée des trois soldats restés dans le tunnel le 5 décembre 1918 seulement.
En effet, ce jour-là, le capitaine BASTIEN, qui commandait la compagnie 26/4 pendant la guerre, reçut, à Montereau, une lettre du sergent BARDOUT,
tout juste rapatrié d'un camp de prisonniers d'Allemagne.

La voici dans son intégralité.
« Je riens d’être rapatrié et je m’empresse de vous faire connaître dans quelles conditions nous avons été faits prisonniers BILLY, FOURTEAU et moi lors de l’attaque du 15 juillet.
Le bombardement a commencé à minuit, à ce moment, toutes les dispositions étaient prises pour pouvoir accomplir ma mission quand l’instant en serait arrivé.
A 4 h. 03, le maréchal des Logis du 44ème d'artillerie, observateur à Cyclope, aperçut dans le brouillard les boches qui étaient sortis de leurs tranchées.
Il lança les fusées de barrage, détruisit son téléphone, ferma la porte de la descente G1, la seule qui fût restée ouverte et descendit dans le tunnel.
Il ferma les deux autres portes du tunnel et se trouva à l’embranchement de la sape russe conduisant au poste de secours.

Les observateurs ainsi que les 4 ou 5 fantassins constituant la garnison du tunnel partirent pour la sape russe, l’autre sortie ayant été fermée à cause des gaz.
Aussitôt après leur départ, nous nous sommes enfermés dans la chambre de mise de feu électrique et i'ai fait jouer les deux dispositifs de rupture qui ont fonctionné.
Nous nous sommes ensuite engagés dans la sape russe. Il devait être entre 4 h 15 et 4 h 20.
A ce montent, le bombardement était d'une telle violence qu'il était absolument impossible de mettre le pied dehors sans risquer d’être touché.
Nous avons donc décidé d’attendre un instant.
Au bout d'un intervalle de temps que je ne puis préciser exactement, mais qui n’a certainement pas duré 10 minutes, le bombardement ayant semblé mollir un peu,
nous avons essayé de regagner nos lignes, mais au bout de l’escalier, nous nous sommes retrouvés nez à nez avec deux Boches qui avaient chacun deux grenades
dans les mains. Toute résistance était donc impossible et le moindre geste hostile pouvait nous coûter la vie.
Dans ces conditions, nous nous sommes rendus »

(Service Historique des Armées, carton 24N2265)

Repris le 15 juillet 1918 par les Allemands. le Mont Cornillet et l'ensemble des Monts de Champagne retombèrent aux mains des Français le 5 octobre

Conclusion

De nos jours, le visiteur qui vient sur ces lieux, trouve, au pied du Mont Cornillet, un monument érigé en 1957.
C'est une simple table d'orientation sur laquelle on peut lire :
« Ici. le 17 avril 1917, au trente-troisième mois d'une guerre impitoyable, des milliers de soldats français sont tombés pour la reprise des Monts de Champagne.
Eux aussi. Ils aimaient la vie. Ils ont souffert et ils sont morts dans l'espoir que leur sacrifice assurerait la paix entre les hommes. Passant n’oublie pas ! ».



SOURCES
Patrick FACON
Revue Historique des Armée, année 1975, n° 3
(1) Ces travaux ont été effectués par des jeunes soldats volontaires allemands du Pionier regiment de Munich, et français du 33ème régiment du génie de Kehl.
Le 10 août 1974, une veillée funèbre présidée par les généraux Stephan de la Bundeswehr et Arnoux, commandant la 63ème division a clôturé cette émouvante
manifestation de réconciliation franco-allemande.
(2) LONGUON (Auguste) « Dictionnaire topographique du département de la Marne - Paris,
Imprimerie Nationale. 1861
(3) LE GRAND (Michel) : “Reims” - Paris Arthaud. 1932
(4) DESGRANDES (Abbé) « Les journées d’avril 1917 avec la 34e D.I. », Paris, 1917
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